Atelier santé et transition

Chiffres clés

2 ans d’existence

 8 “territoires de projet en transition”

dont 5 impulsés par des collectivités

13 structures partenaires

3 accompagnateurs

Animateurs

Un groupe de travail piloté par Sandro de Gasparo, ergonome, intervenant chercheur du laboratoire ATEMIS et Pierre-Yves Traynard, Directeur du Pôle Santé d’Ile de France, a permis d’élaboration d’un premier document de travail permettant de problématiser l’articulation entre les enjeux de la transition écologique et les enjeux de santé, à l’échelle des personnes et des communautés.

La crise sanitaire que nous traversons a fait apparaître au grand jour l’enjeu central du travail vivant dans le rapport au monde (écologie) et le rapport à soi et aux autres (santé, soin). Le travail vivant renvoie ici à l’activité humaine, au sens d’une action en compétence (au regard de sa finalité) et en responsabilité (au regard de son milieu), une action qui engage au regard des ressources qu’elle mobilise et des effets qu’elle engendre.

Le travail vivant, comme forme organisée de l’activité humaine, assume un caractère central dans la réflexion concernant un rapport plus responsable à la nature et à la santé. La santé se déploie à travers le pouvoir d’agir des personnes, individuel et collectif, au service des grandes fonctionnalités de la vie en société. Elle demande une forme d’intelligence sensible des situations. La santé est aussi la capacité de chacun d’assumer la responsabilité de ses actes et de se reconnaître dans les fruits de son travail, notamment à travers la reconnaissance accordée par les autres, à son travail réel.

L’activité productive est en lien avec le modèle économique dans lequel elle est engagée, le mode d’organisation et d’engagement qu’elle mobilise, son milieu naturel et ses effets écologiques. Elle crée aussi rapport à la santé – comme rapport à soi et aux autres. Dans cette perspective, la crise sanitaire peut être reliée à la crise environnementale à travers une analyse des problèmes inhérents au modèle de développement des activités économiques et au modèle du travail.

Or, c’est par le travail vivant que nous avons vu apparaître l’émergence de nouvelles solutions et des capacités de réactivité des communautés humaines, tout particulièrement à l’échelle des territoires infranationaux.

Nous avons besoin de penser et tirer des enseignements de ce qui nous arrive pour penser une sortie de crise plus soutenable. La crise sanitaire a également mis en évidence la forte interdépendance entre les enjeux environnementaux et les enjeux sanitaires : – le dérèglement environnemental causé par les activités humaines, notamment dans le rapport à la terre et aux animaux, crée des effets sanitaires incontrôlables (dont le coronavirus COVID-19 est un bon exemple) ; la volonté de maîtrise sur la nature, tel un objet, se retourne alors en perte totale de contrôle qui a conduit l’humanité entière à se retrancher, se confiner : l’environnement naturel et social devient un élément hostile à la vie ; les problèmes de santé, les vulnérabilités sociales et psychiques, qui ne trouvent pas d’étayage, de soutien, de soin dans l’espace social créent des formes d’exclusion (notamment par l’exclusion du monde du travail), voire de désengagement de la Cité, de repli sur soi, qui privent alors les personnes de leur liberté, donc de leur responsabilité, dans le rapport au milieu, social et environnemental. Les comportements deviennent alors irresponsables.

Lorsqu’on ne prend pas soin des personnes, les personnes peuvent ne plus prendre soin de leur milieu. Il est question ici de toutes sortes de « problèmes » de santé, des plus visibles aux plus intimes : toute forme de vulnérabilité qui requiert de l’attention et du soin. Au regard de la nature comme au regard de la santé, il ne suffit pas de « limiter les risques », « de protéger » et « de se protéger », termes qui renvoient aux registres de l’exploitation et de la maîtrise ; ce sont des savoir-faire de prudence et des activités attentives au point de vue de l’autre qui deviennent nécessaires pour construire une approche plus responsable de l’activité.

Pour cette raison, la dynamique des transitions (écologique, économique, alimentaire, énergétique, sanitaire…) ne doit pas se contenter de « réduire les nuisances environnementales » ou « accroitre les impacts sociaux », mais doit chercher à opérer un changement plus structurel dans la conception du travail et son rapport à la nature, en mesure de penser positivement un développement au service de la vie. 

Plusieurs axes de travail sont à explorer pour mieux articuler écologie et santé :

➢ Nous avons besoin de réhabiliter le rapport sensible au monde, aux choses et aux autres au cœur même de l’activité de travail. Cela passe par la reconnaissance d’une forme spécifique de savoirs, relevant de l’expérience, de la confrontation au réel et de la relation aux autres. Cela passe également par une réhabilitation de la subjectivité au travail, comme rationalité de l’action : c’est là où peuvent se construire des savoir-faire de prudence et une certaine éthique de la relation. L’homme producteur ne peut plus s’autoriser à s’extraire de son milieu, pour le manipuler comme une chose étrangère à lui-même.

➢ Nous avons besoin de changer le rapport aux ressources des activités productives : il s’agit de reconnaître la ressource dans son propre mode d’existence (et d’expression), au lieu de chercher à l’exploiter, c’est-à-dire la soumettre à la seule logique productive. Cela concerne l’ensemble des ressources possibles du travail : l’air, le sol, les plantes, les animaux, jusqu’à l’engagement des hommes eux-mêmes.

➢ Nous avons besoin d’accompagner des changements de comportements, très profonds, dans la consommation, l’usage des ressources, les déplacements, les modes de vie : comment accompagner ces processus de changement ? La crise sanitaire a conduit à des formes d’injonctions très paradoxales : consignes, règles et obligations strictes… accompagnées d’un appel au dialogue, à l’initiative, au volontarisme. L’injonction paradoxale, on le sait, peut sidérer la pensée et fragiliser l’engagement. Le changement de comportement ne pourra pas relever du modèle de la conduite du changement, qui présuppose un rapport de force, mais devra s’appuyer sur un modèle de la « capacitation », c’est-à-dire de l’émancipation : rendre les personnes plus capables de penser et d’agir en responsabilité. Cela tient à la qualité de l’environnement social et des relations qui soutiennent les personnes.

➢ Nous avons donc besoin de faire évoluer nos cadres de pensée, pour nous défaire d’un ensemble d’idées, de concepts et de pratiques héritées de l’histoire industrielle et productiviste, pour consolider un nouvel imaginaire, de nouveaux concepts pour décrire le monde et de nouvelles pratiques professionnelles et citoyennes. L’expérience a besoin d’espaces d’écoute, de réflexivité et d’apprentissage, portés collectivement, pour aider les personnes à « tenir debout » face à l’incertitude du moment et pour élaborer ensemble des voies de coopération.

➢ Nous avons enfin besoin de décloisonner et déspécialiser les enjeux de santé : rompre les formes d’expertises uniques fondées sur la science expérimentale, articuler les questions de santé générale et de santé en lien avec le travail, mieux prendre en compte la vie psychique dans les pathologies somatiques, reconnaître dans l’expérience de la maladie, c’est-à-dire de la vie, des sources spécifiques de savoirs.

La crise sanitaire a indiqué le besoin de développer une véritable culture de la santé, comme capacité à prendre soin de soi et des autres. Nous souhaitons donc mettre en discussion la manière dont une approche par les écopôles de coopération territoriale permettrait de mieux prendre en compte, de façon articulée, les questions de santé et le rapport à l’environnement, naturel et humain.

 

Une suite sera organisée par l’Institut, lors de l’année 2021 – 2022 en prolongeant la coopération entre le Pôle ressources ETP d’Ile de France et le laboratoire de recherche ATEMIS initiée cette année.

Le Pôle ressources ETP Ile-de-France a organisé en octobre 2020 un colloque intitulé : « L’évaluation de l’accompagnement à l’autonomie en santé, quels enjeux ? ».

L’objectif du colloque était de partager et mettre en discussion, sur le plan scientifique et sur une base pluridisciplinaire, différentes expériences d’évaluation de pratique innovante en matière sanitaire, avec une attention particulier à deux questions :

  • la dimension participative de l’évaluation ;
  • la prise en compte de l’« incommensurable » dans l’évaluation.

 

Un atelier spécifiquement dédié à la question « Comment évaluer l’incommensurable ? » a été organisé en présence Sandro De Gasparo, co-animateur de Groupe Ecologie & Santé de l’IEEFC et ergonome intervenant-chercher du laboratoire ATEMIS, avec Valérie Pihet, doctorante à CRESPPA/ LABTOP/ Université Paris 8, co-fondatrice de Ding Ding Dong et Olivia Gross, chercheuse en santé publique au Laboratoire Educations et Pratiques de Santé (Leps)/Université Sorbonne Paris Nord.

 

L’atelier a mis en évidence l’intérêt de la recherche sur les pratiques d’évaluation des activités relationnelles et servicielles, comme dans le cas des pratiques d’accompagnement vers l’autonomie en santé et l’éducation thérapeutique. En effet, il est constaté que les dispositifs d’évaluation habituellement mobilisés par les pouvoirs publics sont souvent inadaptés aux caractéristiques des activités relationnelles fondées sur la dynamique des ressources immatérielles, car encore trop déterminés par le paradigme expérimental (au sens de l’épistémologie scientifique) et industriel (au sens du pilotage économique). Il s’avère nécessaire de construire un cadre épistémologique plus approprié à la nature des activités servicielles soumises à l’évaluation pour concevoir des dispositifs de financement, de suivi et d’évaluation adéquats.

Intervention de Sandro De Gasparo (ATEMIS)

https://www.mixcloud.com/PoleETP/colloque_1410_sandro-de-gasparo/

Intervention de Valérie Pihet (CRESPA LABTOP, Paris 8)

https://www.mixcloud.com/PoleETP/colloque_1410_val%C3%A9rie-pihet/

Intervention de Olivia Gross (LEPS, Paris Nord)

https://www.mixcloud.com/PoleETP/colloque_1410_olivia-gross/

Dans le cadre de l’élaboration du Rapport au parlement rédigé par l’IE-EFC[1], deux séances de travail ont été organisée conjointement par l’IE-EFC et le Pôle ressources ETP Ile-de-France pour construire un argument sur les liens entre économie d’usage et de la fonctionnalité et les nouvelles politiques sanitaires. Bien que la version finale du rapport n’ait pas retenu ce chapitre, en raison de choix éditoriaux et de cohérence d’ensemble du rapport, l’élaboration d’une première carte heuristique représente une base de travail précieuse pour l’atelier Ecologie & Santé.

Cette carte vise à construire une représentation originale de différents dispositifs de l’action sanitaire, permettant d’articuler :

  • l’action de plusieurs acteurs : action publique, collectifs professionnels, initiatives privées, associations d’usagers, etc. ;
  • les différentes échelles qui déterminent l’autonomie en santé des personnes : individuelle, collective, organisationnelle et institutionnelle ;

L’intérêt de cette première version de la carte heuristique consiste à identifier des points de convergence avec les enjeux de la transition écologique, économique et citoyenne, tant sur le plan de l’émergence de nouvelles entités territoriales chargées de promouvoir la coopération que de thèmes sensibles à discuter, tels que le rapport aux nouvelles technologies (objets connectés, big data, etc.), le modèle économique de nouvelles réponses sanitaires (rôle critique des industriels du médicament et d’équipements sanitaires), la place des usagers dans l’émergence de nouveaux services (associations de malades, implication des usagers dans la recherche en SHS).

Cf. carte heuristique disponible en ligne

https://mm.tt/1922763969?t=GvbqYH8rvt

L’organisation de l’Agora de mai 2020 a permis de lancer la réflexion au sein de la communauté de pensée et d’action regroupée autour du référentiel de l’EFC.
Animation de l’atelier
– Sandro De Gasparo, ergonome, Laboratoire Atemis
– Pierre-Yves Traynard, responsable du Pôle ressources ETP IDF
Invités
– Michael Bleybrunner, conseiller en prévention, MSA Armorique
– Julie Doizy, Coordatrice accompagnement socioprofessionnel, Réseau Cocagne

Ont pris part au débat, au-delà des intervenants
– Martine Sfeir, ADEME Bourgogne Franche Comté
– Sarah Helly, Club EFDD
– Mireille Alphonse, Maire adjointe, Ville de Montreuil, en charge de la Transition, la démocratie alimentaire et la cantine publique
– Anne-Lise Ulmann, Maitre de conférence HDR, Cnam, Centre de recherche sur le travail et le développement
– Isabelle Jeanneau, Directrice Nékoé, animatrice du Club EFC Prefics (Centre Val de Loire)

Les échanges lors de l’atelier ont permis de disposer un premier socle de réflexion.

Cf. l’enregistrement sur YouTube


2.1.6.2 EMISSIONS TRAVAIL ET TRANSITION (MEDIA CAPACITANT)

Des développements seront apportés lors des échanges organisés par le media-capacitant « Travail et Transition », initiative née de la coopération entre l’IEEFC, le laboratoire ATEMIS et le Réseau Cocagne. Plusieurs émissions ont mis en débat le lien entre les enjeux de la transition (écologique, économique, citoyenne) et les enjeux de santé abordés selon une approche sociétale et communautaire. La charte d’Ottawa a servis de référence à plusieurs occasions pour penser les articulations nécessaires entre santé individuelle, organisations collectives et politiques publiques.

Émission n. 2 – Santé : au-delà du tout médicalisé, faire société
Une tribune signée par le Comité éditorial de Travail et transition :
https://www.atemis-lir.fr/wp-content/uploads/2020/04/2020-04-08-Chronique-sante.pdf
Intervenants
– Sandro De Gasparo, ergonome, intervenant-chercheur Atemis, membre du Club EFDD (Ile-de-France)
– Mohamed El Manani, dirigeant de Gesnord, membre du Club Noé (Hauts-de-France)

Mise en débat de la tribune avec les participants.
Discussion à partir de l’expérience de l’entreprise Gesnord dans la création d’un écosystème coopératif territorial mobilisé pour répondre à la pénurie de masques et de matériel de protection pour les soignants au cours du premier confinement.

Cf. l’enregistrement sur YouTube


Émission n. 3 – Vivre avec et dans la nature : une exigence à repenser
Une tribune signée par le Comité éditorial de Travail et transition :
https://www.atemis-lir.fr/wp-content/uploads/2020/04/2020-04-15-Tribune-Nature-V3-.pdf
Intervenants
– Dominique Hays, Directeur du PTCE Écopôle alimentaire et Président du Réseau Cocagne
– Antoine Ponton, éleveur, paysan naturaliste, Ferme A tout bout de champ (53)

Mise en débat de la tribune.
Retour d’expérience d’un éleveur, ancien chargé de mission Développement durable, sur le lien entre choix de modèle de production à l’échelle d’une exploitation agricole, rapport à l’environnement, conditions de vie et santé au travail.

Cf. l’enregistrement sur YouTube


Émission n. 5 – Management et transitions : vers une organisation réflexive du travail
Intervenants
– Claire Genova, Directrice du Jardin de Solibio à Voves
– Mohamed El Manani, Dirigeant Gesnord, membre du Club Noé (Hauts-de-France)
– Christian du Tertre, économiste, directeur scientifique d’Atemis et président de l’IEEFC
– Thierry Debuc, ergonome, intervenant-chercheur, Atemis

Retours d’expériences de deux dirigeants engagés dans des démarches de transition en lien avec le bien-vivre alimentaire et la coopération territoriale en matière de santé.
Mise en perspective au regard des enjeux d’organisation du travail et modèle économique.

Cf. l’enregistrement sur YouTube


Émission n. 9 – Tiers Lieux, Agoras, Clubs… : quels espaces au service de la coopération et l’émancipation dans les territoires ?
Intervenants
– Deux administrateurs de l’association Le Fait Tout, Montreuil
– Directeur et une animatrice, Pôle ressources ETP Ile-de-France
– Secrétaire général, Club Noé, Hauts-de-France
– Encadrant professionnel, Jardins du Comminges, Réseau Cocagne

Retours d’expériences de plusieurs dispositifs associatifs d’intermédiation territoriale, ayant vocation à favoriser la coopération entre différents types de d’acteurs (entreprises, communautés professionnels, citoyens, bailleurs sociaux, établissements scolaires), comme levier de lien social, d’éducation et d’accompagnement vers des changements de pratiques.

Cf. l’enregistrement sur YouTube