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L’institut Européen de l’Economie et de la Coopération est co-signataire de la tribune publiée le 8 septembre, qui appelle à abroger la loi Duplomb, on vous explique pourquoi.
Tribune rédigée par un collectif d’activistes et de scientifiques et publiée par VERT, le média, le 8 septembre 2025.
La place de l’IEEFC dans le débat public : dialogue et coopération
Prendre position dans un débat, pour nous, c’est avant tout une façon d’inviter à la discussion, y compris avec celles et ceux qui ne partagent pas notre approche. Quand l’Institut s’exprime sur des sujets sensibles, il ne s’agit pas de choisir un « camp » contre un autre. Le débat ne doit pas se limiter à des confrontations de points de vue, mais permettre de nourrir la réflexion collective.
Nous reconnaissons la présence d’une pluralité d’expériences, de modèles et de trajectoires, chez les agriculteurs, les consommateurs/citoyens.
Nous regrettons que le débat autour de cette loi se soit figé dans une opposition « pour ou contre », souvent alimentée par des organisations professionnelles ou politiques, et qu’il ne prenne pas assez en compte cette diversité.
Avancer ensemble suppose de tenir compte des réalités de chacun·e, de ses contraintes et besoins spécifiques. Pas pour maintenir les choses telles qu’elles sont, mais pour pouvoir construire une dynamique de transformation qui prenne en compte cette diversité de situations.
Penser la question de transition économique que pose la transition écologique
Transformer nos façons de produire et de consommer (en particulier dans l’agriculture et l’alimentation) pose des questions économiques complexes, qu’il faut affronter. Sans réponses concrètes sur ce plan, la transition écologique restera un vœu pieux.
Trois grands enjeux méritent selon nous d’être discutés :
- L’accompagnement et le financement des changements nécessaires des modes de production : beaucoup d’agriculteurs sont souvent déjà très endettés (comme héritage du modèle conventionnel). Ils ne pourront pas supporter seuls les investissements matériels et immatériels liés à un changement de pratiques. Des dispositifs innovants sont à construire, mobilisant fonds publics et fonds citoyens.
- L’accompagnement des nouvelles pratiques de consommation : la production ne pourra évoluer que si les habitudes alimentaires changent aussi. Les pratiques alimentaires touchent à des dimensions essentielles de la vie collective (organisation des temps sociaux, culture, santé, lien social, aménagement du territoire…).
- L’évolution des filières vers des écosystèmes territoriaux : aujourd’hui, l’agriculture relève d’une logique de filières structurées en « chaînes de valeur », où le partage de la valeur est souvent inégal. Repenser la manière dont les filières sont organisées est indispensable pour donner plus de pouvoir d’action aux producteurs et aux consommateurs, dans une visée partagée de « bien-vivre alimentaire » à l’échelle des territoires.
Une approche renouvelée à la connaissance et aux savoirs
A côté des connaissances dites « scientifiques » dans le débat public, renvoyant – en matière d’écologie – essentiellement aux sciences de la nature, il nous semble indispensable de réinvestir les apports des sciences sociales et politiques (y compris donc l’économie) pour réfléchir aux conditions de la transition écologique, c’est-à-dire du processus de transformation sociale, économique et professionnelle de nos activités.
La question n’est pas seulement de savoir où l’on veut aller (un mode de vie plus respectueux de l’environnement), mais surtout de réfléchir au chemin à emprunter pour y parvenir.
Les dispositifs d’accompagnement : un projet de société
- Ancrer la transition dans les territoires : la transition agricole est un véritable enjeu de société qui touche à la fois à l’alimentation, la santé, la culture, l’éducation, l’emploi… C’est à l’échelle des territoires, des bassins de vie, que ces liens doivent se tisser. En s’appuyant sur l’engagement et les initiatives des acteurs locaux et en soutenant les coopérations entre les acteurs du territoire, citoyens, publics et privés.
- Repenser les formes de représentation : les organisations représentatives (professionnelles, politiques…) montrent leurs limites, que ce soit pour soutenir les professionnels ou pour favoriser un débat démocratique apaisé. De nouvelles formes de débat démocratique, mêlant dimensions professionnelles, territoriales et citoyennes, sont à promouvoir et à expérimenter.
- Créer des espaces de rencontre, de coopération et d’expérimentation en faveur de la transition à l’échelle des territoires, en mesure d’articuler la dimension démocratique du débat public et la dimension professionnelle d’un nouveau modèle économique à construire, permettant d’aller vers de nouvelles formes de consommer et de produire.
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Pour aller plus loin : lire les travaux de l’Atelier Bien-vivre alimentaire